Quand on commence l'allemand, on a l'impression de partir de zéro. C'est faux, surtout pour un francophone : vous connaissez déjà des centaines de mots allemands sans le savoir : die Information, die Universität, das Dokument, telefonieren… Ces mots transparents viennent du latin ou du français, et ils se reconnaissent à leur terminaison. Mieux : cette terminaison vous donne souvent le genre du mot.

Cet article part donc de ce que vous savez déjà. D'abord les familles de mots transparents, puis les faux amis, qui ressemblent au français pour mieux vous piéger, le vocabulaire des frontaliers, et enfin le petit noyau de mots qui ne se devinent pas, à apprendre en premier. Pas de listes interminables : seulement ce qu'un professeur fait travailler en priorité à ses élèves francophones.

La règle d'or, à adopter dès le premier mot

N'apprenez jamais un nom allemand seul : apprenez-le toujours avec son article (der, die ou das). Non pas Tisch, mais der Tisch (la table). L'article finit par faire corps avec le mot, et le genre devient un automatisme. Bonne nouvelle : ce genre n'est pas aléatoire — il suit des règles, expliquées dans notre article « der, die, das » n'est pas aléatoire.

Les mots transparents : vous en connaissez déjà des centaines

En cours, on appelle mot transparent un mot que l'on comprend sans l'avoir jamais appris. Pour un francophone, l'allemand en regorge : la langue a emprunté au latin, au grec et au français une grande partie de son vocabulaire savant, administratif et culturel. La liste officielle du Goethe-Institut pour le niveau A1, qui compte environ 650 mots, en contient déjà des dizaines : die Information, international, das Hotel, das Problem, telefonieren, kulturell, automatisch… Le secret est de repérer les familles : une même terminaison française correspond, presque à chaque fois, à une même terminaison allemande.

Faites le test : lisez ces trois phrases sans dictionnaire

Die Universität organisiert ein Konzert im Museum. Die Musik ist international, die Atmosphäre ist fantastisch. Der Präsident und viele Touristen diskutieren über Politik und Kultur.

Voir la traduction

« L'université organise un concert au musée. La musique est internationale, l'ambiance est fantastique. Le président et de nombreux touristes discutent de politique et de culture. » Sur 25 mots, 13 sont transparents ; les autres sont de petits mots-outils (die, ist, und…) que l'on apprend en quelques jours.

Les familles qui se reconnaissent à leur terminaison

En français → en allemandExemplesGenre
-tion → -tiondie Nation, die Information, die Situation, die Traditiondie
-té → -tätdie Universität, die Qualität, die Realität, die Nationalitätdie
-ie → -iedie Biologie, die Chemie, die Energie, die Demokratiedie
-ique → -ikdie Musik, die Politik, die Technik, die Fabrik (l'usine)die
-ure → -urdie Kultur, die Natur, die Temperatur, die Literaturdie
-isme → -ismusder Tourismus, der Journalismus, der Optimismusder
-iste → -istder Tourist, der Journalist, der Pianistder
-ent (personnes) → -entder Präsident, der Patient, der Agentder
-ment → -mentdas Dokument, das Instrument, das Parlament, das Medikamentdas
mots latins en -umdas Museum (le musée), das Zentrum (le centre), das Datum (la date)das

Bonus : la terminaison vous donne le genre

Regardez la dernière colonne : chaque famille a son genre. Les mots en -tion, -tät, -ie, -ik et -ur sont féminins ; ceux en -ismus, -ist et, pour les personnes, -ent sont masculins ; ceux en -ment et -um sont neutres. Ces règles sont très fiables, à quelques exceptions près : das Abitur (le bac allemand), das Genie (le génie) ou der Moment. Elles complètent nos 8 règles pour deviner le genre des noms.

Les mots identiques, ou presque

D'autres mots sont tout simplement les mêmes, à l'orthographe près : das Hotel, das Restaurant, das Taxi, der Bus, das Problem, das Telefon, das Foto, die Idee, das Konzert, die Schokolade, die Tomate… Seul le genre réserve des surprises : das Problem, das Restaurant et das Konzert sont neutres, alors qu'ils sont masculins en français. Et une nuance utile : das Café désigne l'établissement, la boisson se dit der Kaffee.

Les correspondances d'orthographe à connaître

Une fois ces quelques équivalences en tête, vous reconnaîtrez des mots que vous n'avez jamais vus :

En françaisEn allemandExemples
c durkdas Konzert, die Kultur, der Kaffee
c douxzdas Zentrum, die Zitrone (le citron)
phf (souvent)das Telefon, das Foto
-ique (adjectifs)-ischpraktisch, typisch, logisch
-eux-ösnervös, religiös, luxuriös
-er (verbes savants)-ierentelefonieren, reservieren, diskutieren, organisieren

Deux remarques de prof pour bien les prononcer : -tion se dit « tsion », et l'accent tombe souvent sur la dernière syllabe : mu-SIK, po-li-TIK, u-ni-ver-si-TÄT. Quant aux verbes en -ieren, ils ont une particularité bien pratique : leur participe passé ne prend pas de ge- (ich habe telefoniert).

Les faux amis qui piègent les francophones

Transparent ne veut pas dire sans danger. Certains mots allemands ressemblent à un mot français… et veulent dire tout autre chose. En cours, ce sont eux qui provoquent les plus beaux contresens. Les voici, pour ne plus tomber dans le panneau :

AllemandOn croit lire…Ça veut dire
das Gymnasiumle gymnasele lycée (le gymnase se dit die Turnhalle)
bravbrave, courageuxsage, obéissant (courageux se dit mutig)
die Parteila partiele parti politique
das Tablettla tablettele plateau (la tablette se dit das Tablet)
das Lokalle localle bistrot, le restaurant
der Domle dômela cathédrale (le dôme se dit die Kuppel)
die Promotionla promotionle doctorat
die Ratela ratela mensualité, le versement échelonné
die Rentela rentela retraite (la pension versée)
die Fantasiela fantaisiel'imagination
probierenprouvergoûter, essayer (prouver se dit beweisen)
sich blamierenblâmerse ridiculiser

Et si vous parlez anglais, méfiez-vous aussi de das Gift, qui ne veut pas dire « cadeau » mais poison, et de bekommen, qui signifie « recevoir » et non « devenir ».

Le vocabulaire des frontaliers

Dans la Grande Région, l'allemand sert aussi au travail. Voici les mots que l'on croise le plus quand on travaille au Luxembourg ou en Sarre — ceux de la fiche de paie, du contrat et du quotidien au bureau :

AllemandFrançais
der Grenzgänger / die Grenzele frontalier / la frontière
der Arbeitgeber / der Arbeitsvertragl'employeur / le contrat de travail
die Probezeitla période d'essai
die Lohnabrechnungla fiche de paie
die Kündigungla démission ou le licenciement (le préavis se dit die Kündigungsfrist)
die Besprechung / der Terminla réunion / le rendez-vous
die Gleitzeitles horaires variables
die Überstunden / der Urlaubles heures supplémentaires / les congés
die Krankmeldungla déclaration d'arrêt maladie
der Feierabendla fin de la journée de travail

Et le luxembourgeois ?

Au Luxembourg, vous entendrez aussi le luxembourgeois, proche de l'allemand : Moien (bonjour), Äddi (au revoir), Wéi geet et? (comment ça va ?). L'allemand reste toutefois une langue officielle du pays, très présente à l'écrit. J'en parle dans l'allemand pour travailler au Luxembourg.

Le petit noyau qui ne se devine pas

Reste le cœur de la langue : les mots les plus courants, d'origine germanique, qui ne ressemblent pas au français. Si vous parlez anglais, beaucoup vous sembleront familiers : das Wasser (water), das Haus (house), trinken (to drink). Inutile d'en apprendre des centaines d'un coup : voici le noyau que je fais travailler en tout premier.

Pour…Les mots à connaître d'abord
Saluer, remercierHallo, Guten Tag, Tschüss, Auf Wiedersehen, Bitte, Danke, Entschuldigung, Ja, Nein
Poser une questionwer (qui), was (quoi), wo (où), wann (quand), warum (pourquoi), wie (comment)
Relier les idéesund (et), oder (ou), aber (mais), weil (parce que), nicht (ne… pas), kein (pas de), auch (aussi), sehr (très)
Agirsein (être), haben (avoir), machen (faire), gehen (aller), kommen (venir), sprechen (parler), verstehen (comprendre), wohnen (habiter), heißen (s'appeler)
Se repérer dans le tempsheute (aujourd'hui), morgen (demain), gestern (hier), die Woche, das Jahr, et les jours de Montag à Sonntag — tous masculins, comme les mois
Comptereins, zwei, drei… zehn, zwanzig, hundert — l'unité se dit avant la dizaine : dreizehn (« trois-dix »), einundzwanzig (« un-et-vingt »)
Le quotidiender Vater, die Mutter, das Kind, das Haus, das Wasser, das Brot

Avec cinq phrases en plus, vous vous débrouillez déjà : Wie geht's? (Comment ça va ?), Ich heiße… (Je m'appelle…), Ich verstehe nicht. (Je ne comprends pas.), Können Sie das wiederholen? (Pouvez-vous répéter ?) et Wie viel kostet das? (Combien ça coûte ?). Pour la suite, inutile de chercher plus loin que la référence : la liste officielle des mots du niveau A1, publiée par le Goethe-Institut, avec des phrases d'exemple. Quant à sein et haben, leur conjugaison et leurs pièges sont détaillés dans notre article sur être et avoir en allemand.

Combien de mots faut-il, en réalité ?

Moins que vous ne le pensez. La liste officielle du niveau A1 compte environ 650 mots, dont la moitié environ à savoir utiliser activement : de quoi gérer les échanges de survie. Celle du A2 en compte environ 1 300, celle du B1, où l'on devient autonome au quotidien, environ 2 400. Inutile donc de viser le dictionnaire : mieux vaut maîtriser vraiment les mots fréquents que d'en survoler des milliers. Et une bonne partie de ce stock vous est déjà acquise, grâce aux mots transparents.

La méthode pour mémoriser durablement

Apprendre des mots est une chose ; s'en souvenir dans six mois en est une autre. Quelques principes font toute la différence :

  • Partez de ce que vous savez déjà : dans un texte, repérez d'abord les mots transparents. C'est rassurant, et cela laisse toute votre énergie pour les mots qui ne se devinent pas.
  • Par petits paquets thématiques : le cerveau retient mieux des mots reliés entre eux qu'une liste alphabétique décousue.
  • Toujours avec l'article et le pluriel pour les noms : der Tisch, die Tische. Vous apprenez trois informations pour le prix d'une.
  • En répétition espacée : revoir un mot juste avant de l'oublier l'ancre bien plus qu'en le relisant dix fois d'affilée. Des applications de fiches (flashcards) automatisent ce calendrier.
  • À voix haute, et si possible en contexte : un mot dans une phrase que vous fabriquez vous-même se retient dix fois mieux qu'un mot isolé.
  • Avec une IA, en complément : demandez-lui de vous interroger sur vos nouveaux mots ou de vous proposer des phrases d'exemple, puis fabriquez les vôtres. Encore faut-il bien la guider : voyez comment utiliser ChatGPT pour apprendre l'allemand.
  • Attention aux faux amis, repérés plus haut : mieux vaut les identifier tôt, avant qu'ils ne s'installent.

Pour aller plus loin

Le portail Deutsche Welle propose des listes de vocabulaire audio classées par thème et par niveau, et le Goethe-Institut publie les listes officielles de mots par niveau (A1, A2, B1). Une fois le vocabulaire de base en place, l'étape suivante est de savoir l'assembler : c'est là qu'interviennent le genre des noms et la déclinaison, par exemple après les prépositions à datif.

Testez-vous

Pour chaque mot, devinez la traduction (et l'article s'il y en a un), puis cliquez pour vérifier.

die Universität ?

l'université — féminin, comme tous les mots en -tät.

das Dokument ?

le document — neutre, comme les mots en -ment.

telefonieren ?

téléphoner — et au passé, pas de ge- : ich habe telefoniert.

probieren ?

goûter, essayer — un faux ami : « prouver » se dit beweisen.

das Gymnasium ?

le lycée — un faux ami : le gymnase se dit die Turnhalle.

Das Kind ist brav. ?

L'enfant est sage. — brav ne veut pas dire « brave ».

die Rente ?

la retraite — un faux ami bien connu des frontaliers.

einundzwanzig ?

21 (littéralement « un-et-vingt »).

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un mot transparent en allemand ?

C'est un mot qu'un francophone comprend sans l'avoir appris, parce qu'il vient du latin, du grec ou du français : die Information, die Universität, das Dokument, telefonieren… Il en existe des centaines, regroupés en familles faciles à repérer grâce à leur terminaison.

Les mots transparents ont-ils le même genre qu'en français ?

Pas forcément, mais leur terminaison le donne presque toujours : les mots en -tion, -tät, -ie, -ik ou -ur sont féminins, ceux en -ismus ou -ist masculins, ceux en -ment ou -um neutres. Attention aux mots isolés : on dit das Problem et das Restaurant, alors qu'ils sont masculins en français.

Quels sont les faux amis les plus courants entre le français et l'allemand ?

Par exemple das Gymnasium (le lycée, pas le gymnase), brav (sage, pas brave), die Partei (le parti politique), die Rente (la retraite) ou probieren (goûter, essayer, et non prouver).

Combien de mots faut-il connaître pour parler allemand ?

Moins qu'on ne le croit : la liste officielle du Goethe-Institut compte environ 650 mots pour le niveau A1, dont la moitié environ à savoir utiliser activement, puis environ 1 300 pour le A2 et 2 400 pour le B1. Mieux vaut maîtriser vraiment les mots fréquents que d'en survoler des milliers.

Quels mots allemands apprendre en premier ?

Commencez par repérer les mots transparents, que vous comprenez déjà, puis apprenez le petit noyau qui ne se devine pas : formules de politesse, mots interrogatifs, verbes sein et haben, nombres et jours, et quelques mots-outils comme und, aber ou weil.

Comment retenir le vocabulaire allemand durablement ?

Par petits paquets thématiques, toujours avec l'article et le pluriel, en répétition espacée, à voix haute et dans des phrases que l'on fabrique soi-même.

Envie de faire vivre ce vocabulaire ?

Des listes, c'est un début — mais c'est en parlant qu'un mot s'installe pour de bon. En cours particulier, on part de ce que vous savez déjà et on travaille votre vocabulaire en contexte, sur des situations qui vous concernent. Le premier échange est gratuit et sans engagement.

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